Côte d’Ivoire et Maroc : réformer la fiscalité pour assurer un financement durable de la santé
Par Céline Colin, Économiste fiscaliste, et Bert Brys, Économiste fiscaliste senior, Centre de politique et d’administration fiscales, OCDE

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La pandémie de COVID-19 a montré que les faiblesses du système de santé d’un pays peuvent rapidement devenir un enjeu de santé publique pour les autres pays. En outre, dans les pays du monde entier aux prises avec la crise sanitaire et économique actuelle, dont la Côte d’Ivoire et le Maroc, l’urgence de mobiliser des ressources intérieures s’est accrue. La crise a mis sous tension les dépenses publiques et les recettes fiscales au moment même où le secteur de la santé avait besoin de financements additionnels. De surcroît, la période post-COVID-19 pourrait entraîner des difficultés particulières pour le financement de la lutte contre d’autres menaces sanitaires, comme le Sida, la tuberculose et le paludisme, car les priorités au sein des budgets de santé pourraient être revues et les augmentations budgétaires ne pas nécessairement bénéficier à la lutte contre ces trois maladies.




Alors que le monde est confronté à une pandémie mondiale d’une ampleur sans précédent depuis des décennies, les pays africains ont un besoin urgent de ressources financières pour répondre à la crise COVID-19 et à ses retombées économiques, sanitaires et sociales. La Banque mondiale estime que le continent connaîtra sa première récession depuis 25 ans. Les experts de la communauté internationale sont donc confrontés à un problème majeur : comment libérer de manière rapide et à grande échelle les financements nécessaires à la lutte contre la pandémie dans les pays les plus pauvres du monde ?
La pandémie que nous vivons marque l’apparition inopinée d’une valeur de la vie humaine dans les préoccupations de l’humanité.


En Afrique de l’Ouest, les impacts de Covid-19 seront-ils catastrophiques ? La crise Ebola a révélé la très grande faiblesse des systèmes sanitaires des pays touchés à l’époque dans la région, Liberia, Sierra Leone et Guinée principalement. Si des enseignements importants ont été tirés, avec la mise en place de centres dédiés aux urgences sanitaires dans plusieurs pays, les systèmes de santé dans leur ensemble ne se sont pas particulièrement renforcés. Les ménages assument l’essentiel des dépenses de santé par rapport aux États, les inégalités d’accès aux soins sont frappantes, et les hôpitaux manquent cruellement de personnel qualifié, de matériel, de dispositif de maintenance des équipements et de médicaments, ainsi que de capacités d’accueil et, parfois, de salubrité. La crise du coronavirus exacerbera sans doute la situation. Il est plus que jamais primordial de renforcer et d’investir dans les systèmes de santé, sans quoi la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest ne pourront faire face ni aux crises sanitaires, comme celle du Covid-19, ni aux nombreuses autres maladies infectieuses ou chroniques.