COVID-19 : Il est temps d’investir dans la santé des plus pauvres du monde

Par Christoph Benn, Directeur, Global Health Diplomacy, Joep Lange Institute


Ce blog*  fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


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La crise sanitaire sans précédent que représente le Covid-19 pour le monde requiert une réponse mondiale, elle aussi, sans précédent. De nombreux pays riches ont annoncé d’importants plans de sauvetage et de relance pour maintenir leurs économies à flot. Mais alors que la pandémie se déploie en Afrique, en Asie du Sud et en Amérique latine, la communauté mondiale doit maintenant renforcer sa solidarité avec les communautés les plus vulnérables et réfléchir aux instruments les mieux adaptés pour répondre à cette crise globale. Il est désormais temps d’investir dans la santé des personnes les plus pauvres de notre planète à travers des mécanismes mondiaux qui nous protègent tous et auxquels tous les pays contribueraient selon leurs capacités.

Alors que la pandémie Sars-Cov-2 est en train de ravager l’Asie de l’Est, l’Europe et l’Amérique du Nord, personne ne reste indifférent quant à sa santé, son emploi et les répercussions sur son pays. Toutefois, il devient de plus en plus évident qu’une épidémie encore plus dévastatrice se propage dans les régions les plus pauvres du monde, où les populations et les gouvernements font face à d’insurmontables défis pour mettre en œuvre des mesures de prévention efficaces, et où il n’y a pratiquement pas d’accès à des équipements de protection suffisants, des moyens diagnostics ou de soins intensifs pour les cas les plus graves. On commence également à entendre parler d’infections dans la bande de Gaza densément peuplée et dans les camps de réfugiés saturés en Syrie, en Grèce et ailleurs dans la région. De toutes les populations nécessitant un soutien international, les réfugiés et les migrants sont de toute évidence parmi les plus vulnérables.

Jamais auparavant dans l’histoire récente, une telle menace simultanée n’a pesé sur la communauté mondiale dans son ensemble. Le virus Sars-CoV-2 nous attaque tous, où que nous vivions dans le monde, riches ou pauvres. Cependant, dire que le virus nous affecte tous ne signifie pas que nous serons tous affectés de la même manière. Il est déjà évident que les pays sont actuellement en concurrence pour les mêmes ressources limitées, qu’il s’agisse de masques de protection, de tests de diagnostic ou de respirateurs. Il n’est pas difficile de deviner qui sortira gagnant d’une telle compétition en l’absence d’une régulation mondiale et d’une mise en commun des financements.

Des ressources considérables seront nécessaires pour préserver notre santé et nos économies, mais il nous faudra également des mécanismes mondiaux qui nous protègent tous, des mécanismes auxquels tous les pays contribueraient selon leurs capacités et dont chacun pourrait bénéficier selon ses besoins. Plutôt que de continuer à penser ces investissements comme de « l’aide étrangère », envisageons-les comme un « investissement public global » pour l’intérêt de nous tous qui formons une seule et même humanité. Nous devons changer notre façon de penser la coopération internationale. Le monde est confronté à un ennemi commun, le Sars-Cov-2, et nous aurons besoin des brillantes idées, inventions et ressources provenant de tous horizons pour ensemble lui faire face.

Le recours aux investissements mondiaux est indispensable pour développer le plus rapidement possible un vaccin et des thérapies adaptées ainsi que pour répondre, aux besoins immédiats de production et de distribution d’équipements de protection, de tests de diagnostic et de possibles traitements, requis à grande échelle dans tous les pays touchés, au cours des prochaines semaines et des prochains mois

Mais par-dessus tout, nous devons nous préparer dès maintenant à soutenir les pays à ressources limitées dans la reconstruction de leurs économies et de leurs systèmes de santé dès la sortie de cette pandémie, afin d’assurer la résilience et la durabilité de leurs systèmes de soins de santé primaires pour mieux faire face aux prochaines vagues épidémiques qui ne manqueront pas de survenir.

Heureusement, nous avons des exemples de solidarité mondiale qui ont bien fonctionné par le passé. Face à la précédente pandémie virale du VIH, le monde a répondu par la création du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme – le Fonds mondial. Ce dernier a été conçu comme un instrument de solidarité mondial garantissant l’accès égal aux moyens de prévention, de soins et de traitement à toute personne atteinte par l’une de ces maladies infectieuses dévastatrices qui coûtent des millions de vies chaque année, quel que soit son lieu de résidence et quel que soit le niveau de richesse ou de pauvreté de sa communauté. Ce fut la mise en pratique du principe de santé comme droit fondamental.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui c’est de ce même esprit de solidarité mondiale et cette même croyance fondamentale dans le droit de chaque être humain de se protéger contre les souffrances et la mort prématurée.

GAVI, l’Alliance du Vaccin, est un autre exemple de mécanisme de financement commun qui a fait la différence dans la prévention des maladies à une très grande échelle, sauvant des millions de vies. Cependant, nos efforts d’aujourd’hui doivent largement dépasser les efforts combinés des deux dernières décennies afin d’atteindre une bien plus grande échelle.

Voici les options qui s’offrent à nous. L’Organisation mondiale de la santé détient le mandat, l’autorité et l’expertise pour coordonner la réponse mondiale à la pandémie de Covid-19. Le Plan stratégique de préparation et de riposte de l’OMS et les efforts futurs pour un meilleur mécanisme de préparation à une pandémie doivent être financés de manière appropriée. Le nouveau Fonds de riposte au COVID-19de l’OMS mérite notre soutien total.  La Coalition pour les innovations en préparation aux épidémies (CEPI) et la Fondation pour des outils diagnostiques nouveaux et novateurs (FIND), sont des partenariats internationaux de poids qui peuvent accélérer la recherche, nécessaire de toute urgence–d’un vaccin contre le Sars-Cov-2 et faciliter l’accès aux tests de diagnostic dans les pays et régions qui en ont le plus besoin. La communauté internationale doit investir sans plus attendre dans ces initiatives vitales.

En plus d’une réponse immédiate, nous avons aussi besoin d’investissements mondiaux à une toute autre échelle pour un objectif à plus long terme, celui de mettre en place dans tous les pays des systèmes de santé capables de résister aux futures vagues de pandémies virales et autres menaces. Seuls les mécanismes spécialisés de financement multilatéraux peuvent mobiliser et mettre en commun des fonds provenant de donateurs aussi bien publics que privés et s’assurer que ces fonds soient versés rapidement, d’une façon transparente et responsable. L’expérience de la riposte au sida, à la tuberculose et au paludisme a montré que ces mécanismes de financement nécessitent une large implication des gouvernements, du secteur privé et de la société civile.

Le premier ministre éthiopien, prix Nobel de la paix, Abiy Ahmed, a justement appelé, à un effort extraordinaire pour répondre à la crise dans les pays les plus vulnérables, suggérant la création par le G20 d’un Fonds mondial de la santé. La mise en place d’un tel Fonds prendrait évidemment du temps et viendrait s’ajouter à une architecture sanitaire mondiale déjà complexe. La communauté mondiale devrait plutôt demander aux instruments déjà existants tels que le Fonds mondial, le Mécanisme de financement mondial et GAVI d’assumer ce mandat supplémentaire afin de mobiliser et affecter dans les plus brefs délais les ressources nécessaires là où le besoin est le plus grand.  Le Mécanisme de financement mondial et GAVI travaillent ensemble depuis des années à des possibilités de financement pour le renforcement des systèmes de santé de certains pays éligibles, un programme qui pourrait être étendu aujourd’hui afin d’inclure des interventions spécifiques liées au COVID-19.

Il nous apparaît de plus en plus clairement que le monde se trouve à un tournant de son histoire. Lorsque les taux d’infection et de mortalité de la première vague de COVID-19 baisseront, le monde ne sera pourtant plus le même. Espérons que la communauté globalisée aura compris que la solidarité tant à l’échelle locale qu’à l’échelle internationale est plus importante que jamais. Le monde ne mérite rien de moins.

*This blog series contributes to the debate on new approaches to international co-operation and public funding to support sustainable development and global public goods. The COVID-19 crisis is showing us that international co-operation is vital. So, what lessons can be drawn from the response to global challenges such as pandemics and the climate emergency?

Offering personal insights from across the globe, this series, co-hosted by Development Initiatives, United Nations University International Institute for Global Health and OECD Development Centre complements Wilton Park’s Future of Aid dialogue, with partners Joep Lange Institute and Coalition for Global Prosperity.

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