Repenser le développement en Afrique et pour l’Afrique

Par Firmin Edouard Matoko, Sous-directeur général, Département Afrique, UNESCO


Ce blog fait partie d’une série qui invite acteurs et penseurs à renouveler le discours actuel sur l’Afrique et son développement.

La crise du COVID-19 qui a révélé l’extrême fragilité des économies africaines, est venue nous rappeler les limites du développement en Afrique. De nombreux africains réclament une révision urgente des modèles de développement et prônent pour l’élaboration de nouveaux paradigmes propres à l’Afrique. Ce discours n’est pas nouveau. Samir Amin, qui fut l’un des plus grands économistes africains, révélait déjà les limites des modèles fondés sur des théories importées de l’extérieur. Thandika Kandawire, autre penseur africain de renom et bien d’autres ne disent pas autre chose aujourd’hui. L’Afrique a besoin de repenser son développement et de réinventer son histoire sociale et économique, comme l’affirmait encore récemment le groupe d’intellectuels africains réunis par l’UNESCO pour débattre de la crise du COVID-19 en Afrique : « cette crise est une occasion de repenser les hypothèses actuelles sur les paradigmes de développement adoptés par les États africains. Il s’agit de se concentrer sur les priorités de développement centrées sur l’homme, et d’investir en priorité dans l’éducation, les soins de santé, la protection sociale et la recherche scientifique comme base pour créer une nouvelle Afrique, capable de regarder vers l’intérieur et de trouver des solutions endogènes à ses problèmes, tout en assurant sa place sur la scène internationale ».

Continue reading

Migration et travail en Suisse: pour une gouvernance partagée entre le public et le privé

Par Marco Taddei, Union patronale Suisse

Dans la période difficile que nous traversons, un défi majeur se présente à nous : l’impact de la crise du COVID-19 sur les entreprises. Le Coronavirus marque le retour des frontières dans le monde. La tentation du repli national est forte. Et la Suisse n’y échappe pas. Pendant plusieurs semaines, nos frontières, terrestres et aériennes, ont été fermées. Cependant, avec plus de 30 000 frontaliers français travaillant dans le domaine de la santé en Suisse, il s’agit justement de l’ouverture de notre marché du travail qui s’est révélée être un atout précieux. En cette période de crise sanitaire, que feraient nos hôpitaux et nos cliniques sans cette main-d’œuvre?

Continue reading

Côte d’Ivoire et Maroc : réformer la fiscalité pour assurer un financement durable de la santé

Par Céline Colin, Économiste fiscaliste, et Bert Brys, Économiste fiscaliste senior, Centre de politique et d’administration fiscales, OCDE

Read this blog in English

La pandémie de COVID-19 a montré que les faiblesses du système de santé d’un pays peuvent rapidement devenir un enjeu de santé publique pour les autres pays. En outre, dans les pays du monde entier aux prises avec la crise sanitaire et économique actuelle, dont la Côte d’Ivoire et le Maroc, l’urgence de mobiliser des ressources intérieures s’est accrue. La crise a mis sous tension les dépenses publiques et les recettes fiscales au moment même où le secteur de la santé avait besoin de financements additionnels. De surcroît, la période post-COVID-19 pourrait entraîner des difficultés particulières pour le financement de la lutte contre d’autres menaces sanitaires, comme le Sida, la tuberculose et le paludisme, car les priorités au sein des budgets de santé pourraient être revues et les augmentations budgétaires ne pas nécessairement bénéficier à la lutte contre ces trois maladies.

Continue reading

La restructuration de la dette en Afrique doit impliquer ses nouveaux créanciers

Par Arthur Minsat, Centre de développement de l’OCDE et Yeo Dossina, Commission de l’Union africaine[i]


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde. Ce blog aborde plus particulièrement les impacts de la crise du COVID-19 en matière de flux de capitaux et de dette dans les pays en voie de développement.


Read this blog in English

La récession mondiale causée par la pandémie COVID-19 appelle à l’annulation ou à la restructuration de la dette des pays africains. La crise a déclenché un double choc fiscal, avec une hausse des dépenses publiques et une baisse des recettes. Il est essentiel de rétablir la capacité d’emprunt des pays africains pour lutter contre la perte de leur marge de manœuvre budgétaire.

Avant le choc, l’Afrique avait déjà montré des signes de vulnérabilité. Bien que le continent africain se soit illustré par le deuxième taux de croissance économique le plus élevé au monde, avec 4,6 % en moyenne entre 2000 et 2018, sa croissance avait commencé à ralentir, passant d’un pic de 6,8 % en 2012 à 3,2 % en 2019. En 2020, la croissance de l’Afrique devrait se situer entre -2,1 % et -4,9 %, ce qui réduira considérablement la marge de manœuvre budgétaire de tous les pays. Dans l’ensemble, le financement du développement a diminué depuis 2010 en pourcentage par habitant. Tant pour les recettes intérieures que pour les flux financiers extérieurs, le montant du financement par habitant a diminué de 18 % et de 5 % respectivement tout au long de la période 2010-2018. Une économie mondiale moins performante et une croissance démographique toujours élevée dans la plupart des pays africains sont à l’origine de cette tendance à la baisse.

Continue reading

Une taxe climat européenne pourrait bénéficier aux pays exportateurs de pétrole

Par Håvard Halland, Economiste au Centre de développement de l’OCDE


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


Read this blog in English

Pour relancer nos économies d’une manière durable dans le sillage de la crise due au Covid-19, l’instauration d’une tarification effective du carbone à l’échelle mondiale reste plus importante que jamais. Cependant, tant que les Etats ne parviendront pas à s’entendre sur la gravité des risques induits par le changement climatique, la mise en place d’un système mondial de taxation des gaz à effet de serre restera une perspective lointaine.

Le mécanisme d’« ajustement carbone aux frontières » envisagé par l’Union européenne (UE) pourrait toutefois être un premier pas vers une réallocation des investissements internationaux dans le sens souhaité. Ambitieux, les nouveaux objectifs climatiques de l’UE exigeront des réductions des émissions non seulement dans le secteur de l’énergie, mais aussi dans les secteurs à forte intensité énergétique comme les industries lourdes, la métallurgie, la pétrochimie, le ciment, les engrais.

Continue reading

Moratoire sur la dette des pays africains : tout le monde doit participer !

Par Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG ONE


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


NajatAlors que le monde est confronté à une pandémie mondiale d’une ampleur sans précédent depuis des décennies, les pays africains ont un besoin urgent de ressources financières pour répondre à la crise COVID-19 et à ses retombées économiques, sanitaires et sociales. La Banque mondiale estime que le continent connaîtra sa première récession depuis 25 ans. Les experts de la communauté internationale sont donc confrontés à un problème majeur : comment libérer de manière rapide et à grande échelle les financements nécessaires à la lutte contre la pandémie dans les pays les plus pauvres du monde ?

Il apparait aujourd’hui qu’une des meilleures solutions pour libérer rapidement des ressources financières supplémentaires est d’alléger la dette. En effet, le poids de la dette constitue un problème récurrent auquel doivent faire face de nombreux pays africains. A titre d’exemple, la Gambie alloue neuf fois plus de ressources au remboursement de sa dette extérieure qu’à ses dépenses de santé publique. La place qu’occupe le remboursement de la dette au sein des budgets nationaux des pays pauvres est colossale : en 2020, ce sont 22 milliards de dollars du service de la dette qui sont détenus par d’autres gouvernements, 12 milliards de dollars par des bailleurs multilatéraux, et près de 13 milliards de dollars par créanciers privés (investisseurs et banques commerciales). C’est donc un poids financier qui ne pourra être diminué que si tous les créanciers travaillent ensemble à un allègement généralisé des dettes publiques et privées. Continue reading

COVID-19, révélateur de la valeur de la vie humaine pour la société ?

Par Joseph Brunet-Jailly, Économiste, Paris School of International Affairs, SciencesPo Paris


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


COVID-19-sahelLa pandémie que nous vivons marque l’apparition inopinée d’une valeur de la vie humaine dans les préoccupations de l’humanité.

Certes, nous étions habitués aux proclamations solennelles selon lesquelles la valeur de la vie humaine serait absolue. Mais de là à considérer que la vie humaine devrait être l’aune à laquelle tout progrès se mesurerait, il y avait un grand pas qu’on ne voulait pas franchir. Il était tellement plus important de s’enrichir en biens matériels que la vie humaine elle-même y a été asservie : esclavage, servage, misère ouvrière, guerre, racisme, phobie des migrants, etc., autant de termes pour dire des vies humaines méprisées. Continue reading

Face au COVID-19, les leçons d’Ebola et du secteur minier en Guinée

Par Nava Touré, Conseiller principal auprès du Ministre des Mines et de la Géologie, République de Guinée, et Ruya Perincek, Analyste des politiques, Ressources naturelles pour le développement, Centre de développement de l’OCDE


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


Ebola-shutterstock_176475503
Photo : Shutterstock

Alors que les pays à travers le monde, connaissent des réponses diversifiées à la pandémie de COVID-19 et anticipent des conséquences économiques sévères, la Guinée s’appuie essentiellement sur l’organisation qui a fait ses preuves pendant l’épidémie d’Ébola de 2014-2015 : des structures institutionnelles pour répondre aux crises sanitaires, en collaboration avec les partenaires internationaux et le secteur minier qui joue un rôle important dans l’économie nationale.  Cette expérience dans la réponse aux crises sanitaires et les mécanismes établis dans les contrats et conventions minières pour le contrôle des revenus tirés par l’État pourraient mettre le pays dans une meilleure position par rapport à d’autres pays en développement pour la riposte au COVID-19 et à la crise économique.

Continue reading

COVID-19 : conséquences pour les migrations internationales et le développement

Par Jason Gagnon, Économiste du développement, Centre de développement de l’OCDE


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


Immigration-coronavirus

(Read this blog in English)

Bien que la pandémie de COVID-19 ne soit pas un problème de migration, elle est perçue et gérée comme tel. Le discours exploitant la peur face à la crise pourrait donner de l’espace aux politiques structurelles anti-migration. Ce qui nuirait aux droits et à la santé des migrants, et à leur impact positif sur le développement : en 2017, environ 258 millions de migrants internationaux ont comblé les pénuries de main-d’œuvre et contribué au transfert de compétences, de biens et de services indispensables dans le monde entier.

Nous avons fait des progrès remarquables pour renforcer la gouvernance des migrations. Mais si les droits des migrants ne sont pas protégés face à la crise du Covid-19 à court et à long terme, les avancées pourraient être réduites, mettant les migrants et leurs familles, ainsi que certains des fondements de notre économie mondiale, en danger. Continue reading

Le COVID-19 en Afrique : Comment les systèmes de santé peuvent-il faire face ?

Par Riku Elovainio, Consultant en santé mondiale et protection sociale et Alexander Pick, Centre de développement de l’OCDE


Ce blog fait partie d’une série sur la lutte contre le COVID-19 dans les pays en voie de développement. Visitez la page dédiée de l’OCDE pour accéder aux données, analyses et recommandations de l’OCDE sur les impacts sanitaires, économiques, financiers et sociétaux de COVID-19 dans le monde.


globe-life-line-AFRICA

(Read this post in English)

La pandémie de Covid-19 menace de submerger les systèmes de santé partout dans le monde. Le virus est désormais présent dans 52 pays africains. Les systèmes de santé de la région pourront-ils faire face, alors que beaucoup étaient déjà sous pression avant la pandémie et n’ont pas de capacité de réserve ? Un soutien international sera crucial pour aider les pays africains à réagir, mais les efforts pour renforcer les services de santé de la région à court terme se heurtent à une série d’obstacles qui vont au-delà du secteur de la santé lui-même. Même une crise de cette ampleur ne doit pas occulter les priorités à long terme des systèmes de santé africains : y répondre est essentiel non seulement pour renforcer leur capacité à gérer les besoins quotidiens, mais aussi pour faire face à la prochaine crise. Continue reading