The blurred boundaries of political violence in the Sahel-Sahara

By Olivier Walther, Visiting Associate Professor, Center for African Studies at the University of Florida and Associate Professor, University of Southern Denmark


Explore the OECD West African Papers series for more work on African socio-economic, political and security dynamics.


The Sahel and the Sahara are faced with exceptional political instability involving a combination of rebellions, jihadist insurgencies, coups d’état, protest movements and illegal trafficking. Analysis of the outbreaks of violence reveals that the region is not just the victim of an escalation of wars and conflicts that marked the 20th century. The Sahel-Sahara has also become the setting of a globalised security environment, in which boundaries between what is local and global, domestic and international, military and civilian, politics and identity are blurred.

Local grievances, global reach

A shared characteristic of many conflicts in the Sahel-Sahara is that belligerents often leverage global ideas to pursue local and national claims. Boko Haram, for example, simultaneously exploits the pan-Islamist vision of a unified Muslim world, whose boundaries transcend national borders to embrace all believers, and the historical narrative of the Kanem-Bornu empire that reigned over the Lake Chad region for around 1 000 years. These players also rely on the investment of global resources into struggles that are driven by local and national aspirations. For Al Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM), in particular, the unofficial ransoms paid by foreign governments in exchange for hostages represent amounts estimated at several tens of millions of dollars.
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Nourrir sa population constitue le principal secteur d’activité de l’économie de l’Afrique de l’Ouest

par Laurent Bossard, Directeur, Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE)

(English version follows)

Cover image FREn inaugurant la nouvelle collection  « Notes Ouest-africaines » du Secrétariat du CSAO/OCDE, T. Allen et P. Heinrigs nous proposent une réflexion sur les opportunités de l’économie alimentaire de la région. Une occasion utile et nécessaire de se tourner vers le passé pour mesurer l’ampleur des mutations du monde réel… et de celles des idées.  

Je fais partie de ceux qui ont l’âge de se souvenir de l’agriculture ouest-africaine – sahélienne en particulier – au milieu des années 1980. Nous constations – déjà – la puissance de la croissance démographique. Entre 1960 et 1985, le nombre de sahéliens avait doublé et la population urbaine avait été multipliée par cinq. Et l’agriculture ne suivait pas le rythme. Abstraction faite des aléas climatiques (on sortait de la grande sécheresse de 1983), la tendance sur 25 ans était à l’augmentation des importations à un rythme de l’ordre de 8% par an. Jacques Giri dans son livre « Le sahel face aux futurs » paru en 1987, tirait la sonnette d’alarme : « Le système de production alimentaire sahélien est demeuré très traditionnel dans son ensemble, très vulnérable à la sécheresse et peu productif : il ne s’est adapté ni en quantité, ni en qualité, aux besoins (..). La région est de plus en plus dépendante de l’extérieur et en particulier de l’aide alimentaire. Le retour à des conditions climatiques plus favorables n’a pas fait disparaître cette dépendance ».  Continue reading

Entretien: Sahel, Plan d’action pour un engagement renouvelé 2015-2020

AFD-Sahel-coverEntretien avec M. Jean-Pierre Marcelli, Directeur du Département Afrique, Agence française de développement (AFD)

L’Agence française de développement (AFD) a élaboré un plan d’action pour opérationnaliser sa stratégie au Sahel pendant la période 2015-2020.1 À travers ce plan, elle développe des propositions pour une action plus lucide, plus ambitieuse et plus adaptée aux contextes sahéliens en pleine mutation. Dans une logique de stabilisation d’ensemble, le document détaille les domaines de priorité d’un engagement renouvelé avec six pays sahéliens : le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Il porte une attention particulière aux fragilités : une pauvreté enracinée, une population jeune en pleine expansion, avec peu d’accès à une éducation de qualité et à l’emploi. Trois priorités opérationnelles sont ainsi identifiées : 1) accroître l’activité économique et les opportunités d’emploi pour les jeunes ; 2 ) répondre aux défis démographiques au sens large ; et 3) contribuer à un développement territorial équilibré et à la sécurité alimentaire.

L’AFD est un bailleur historique avec une longue expérience au Sahel. Le Plan d’action 2015-2020 marque un «engagement renouvelé » de l’Agence. Il affiche la volonté de «faire mieux et différemment.» Pouvez-vous nous en dire plus sur le caractère innovant de la démarche ?

J-P.M: Cette  démarche  est  innovante  dans  le  sens  où  elle  a  souhaité  ne  pas  s’inscrire  dans  des approches déjà utilisées depuis plusieurs années par un simple effet de répétition, mais de partir d’un nouveau questionnement sur les enjeux liés à l’évolution extrêmement rapide du Sahel.

Vous semblez promouvoir la nécessité d’agir au niveau régional afin d’être mieux en phase avec la nature transfrontalière des enjeux sahéliens. Les agences de coopération ont souvent du mal à traduire ceci dans la réalité de leurs actions. Quelle est l’expérience de l’AFD ?

J-P.M: Il est vrai que les acteurs institutionnels ont, pour la plupart, une approche nationale. Pourtant, les dynamiques humaines, les bassins géographiques, les systèmes écologiques et les échanges économiques sont par nature transfrontaliers voire régionaux, et en particulier au Sahel. Ce grand espace qu’est le Sahel, bordé par le Maghreb au nord et les pays du Golfe de Guinée au sud, est beaucoup plus ouvert que d’autres géographies et nous impose de regarder au-delà des frontières si nous voulons répondre efficacement aux enjeux de développement. Trouver les moyens d’appréhender ces problématiques transfrontalières, de concert avec des acteurs nationaux et si possible régionaux, fait partie de la complexité à laquelle il nous faut répondre.

Un grand nombre de « Stratégies Sahel » a été développé par les différents acteurs actifs au Sahel. Est-ce une opportunité ou une contrainte ? Quelle est la valeur ajoutée de la stratégie de l’AFD ? Comment créer davantage des synergies avec les autres acteurs ?

J-P.M: Le grand nombre de stratégies Sahel qui a été développé ces dernières années reflète bien l’intérêt et les questionnements que suscite cette zone. Il pourrait être perçu comme une contrainte si nous tentions de vouloir en faire la synthèse ; synthèse qui risquerait d’aboutir à quelque chose de peu consistant, ou de trop global et donc n’apportant pas de valeur ajoutée par rapport à l’existant. Mais ce qu’il faut y voir,  c’est avant tout une opportunité de s’inspirer des analyses et des propositions, souvent très pertinentes et éclairées, des différents acteurs actifs au Sahel. Il faut donc utiliser cette matière déjà disponible pour en « faire notre miel » avec un souci de sélection, car nos propositions doivent pouvoir se caractériser et être articulées sur des impacts bien identifiés et mesurables.

Pour créer des synergies, il faut également savoir identifier dans chaque partenaire quelles sont ses forces, ses savoir-faire, sa valeur ajoutée, pour ne pas venir dupliquer des choses qui sont parfois bien faites par d’autres.

L’AFD souhaite « valoriser et produire de nouvelles connaissances sur le Sahel ». Comment mutualiser davantage les efforts dans ce domaine ?

J-P.M: Nous souhaitons effectivement faire un effort particulier de valorisation et de production de connaissances sur le Sahel et en priorité sur les problématiques relatives à l’éducation, la formation et l’emploi ; les dynamiques démographiques et migratoires ainsi qu’à l’enjeu des territoires.  L’important  pour  nous  sera  aussi  de  nourrir  nous-même  notre  action  et  notre réflexion sur ces sujets, tout en collaborant avec des organismes de recherche français et africains. Notre collaboration avec le CSAO sera à ce titre un bon moyen de mutualiser ces connaissances.

La quasi-totalité de la zone saharo-sahélienne est classée en zone orange ou rouge par le Ministère français des affaires étrangères. Du fait, beaucoup de zones sont aujourd’hui inaccessibles.  Comment  faire  votre  métier  de  « développeur  d’avenirs  durables »  dans ce contexte d’insécurité ?

J-P.M: Les questions de sécurité peuvent en effet gêner notre action et nous pouvons imaginer qu’une partie de cette insécurité vise parfois à perturber l’action du développement. S’il est nécessaire de prendre en compte ces questions sécuritaires, il faut néanmoins trouver les moyens de les surmonter, sans prise de risque inconsidérée. Nous pouvons pour cela nous appuyer davantage sur les acteurs locaux, sur ceux qui sont présents, ceux qui sont le mieux à l’écoute des besoins et qui sont les plus aptes à se positionner dans un territoire au plus proche des populations. Cela peut  être  des  organisations  de  la  société  civile,  mais  aussi  des  collectivités  locales,  des entreprises, etc.

Certains chercheurs pensent qu’au-delà du soutien logistique et en matière de formation, les gouvernements européens devraient assumer une partie des coûts des armées sahéliennes afin de stabiliser la zone et empêcher ainsi l’effondrement des efforts de développement dans la région. Qu’en pensez-vous ?

J-P.M: La sécurité est une condition très importante et c’est d’ailleurs probablement souvent l’une des aspirations premières des populations. Elle doit donc faire partie des fondamentaux à établir pour permettre une relance des processus de développement et rétablir la cohésion sociale de certains pays. Un effort sur les questions de sécurité, le plus possible porté par les pays africains, comme c’est de plus en plus souvent le cas, fait également partie des conditions nécessaires à un développement équilibré et apaisé.

L’Alliance globale pour la résilience (AGIR) vise à s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire chronique qui reste un défi majeur au Sahel. Elle est un cadre favorisant plus de synergie, de cohérence et d’efficacité au service des initiatives de résilience dans les 17 pays ouest-africains et sahéliens. Comment l’action de l’AFD s’inscrit-elle dans le cadre de l’Alliance ?

J-P.M: Dans ce domaine, l’action de l’AFD s’inscrit, et continuera à s’inscrire, en bonne cohérence avec l’initiative AGIR, dont il faut encourager l’approche multisectorielle et pluri acteurs. Lutter contre l’insécurité alimentaire fait partie des priorités resserrées que nous avons retenues dans le cadre de notre Plan d’action Sahel. Il faut en effet assurer la sécurité alimentaire maintenant et surtout demain, en renforçant les capacités de production vivrière ainsi que de circulation et commercialisation dans les pays sahéliens, et cela avant que de nouvelles crises surviennent. Un autre élément très important qui va au-delà de la sécurité alimentaire, c’est la nécessité de créer des  emplois.  En  effet,  dans  un  contexte  de  dynamique  démographique  exceptionnelle,  la création d’emplois et d’activités génératrices de revenus est essentielle pour offrir un devenir à cette jeunesse qui arrive chaque année plus nombreuse sur le marché de l’emploi. À ce titre, le Sahel a des avantages comparatifs à faire valoir, notamment dans les secteurs agricole et de l’élevage, en tant que principaux secteurs pourvoyeurs de revenus et d’emplois, mais avec des besoins importants à la fois de modernisation et de durabilité des systèmes suffisamment écologiques pour être pérennes.

En quelques mots, quelle est votre vision du Sahel à l’horizon 2020?

J-P.M:  Ma vision du Sahel dans 5 ans c’est un Sahel plus peuplé, toujours extrêmement jeune, donc avec un besoin d’activités économiques considérable. Il s’agira probablement aussi d’une région où la croissance des villes restera très forte tandis que les campagnes se rempliront. J’espère que nous verrons un Sahel avec un secteur agricole et d’élevage renforcé et stabilisé, une gestion durable des ressources naturelles, des services de base au niveau et davantage de moyens de communication. J’espère que le Sahel aura maintenu ou retrouvé ses équilibres politiques, retrouvé les ferments d’une cohésion nationale, indispensable pour le retour de la stabilité, avec davantage d’échanges entre les parties nord et sud des pays, mais également entre les pays, pour accélérer des dynamiques économiques indispensables à la satisfaction des attentes des populations en matière d’emploi et plus généralement de conditions de vie décentes.

1 http://www.afd.fr/webdav/site/afd/shared/L_AFD/L_AFD_s_engage/documents/Plan_action_Sahel.pdf

 

Why have they chopped Africa in two?

Two-visions-Africa

By Laurent Bossard, Director, Sahel and West Africa Club Secretariat (SWAC/OECD)

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The word continent comes from the Latin phrase “continens terra” meaning a vast continuous stretch of land. It is based on this concept that the five continents were defined – not without some difficulty – and which make up, with Antarctica, 150 million square kilometres of land or 30% of the surface of our planet.

Africa is one of these continents – and the most beautiful in my eyes. Her shape brings to mind a powerful animal rearing up, carrying Europe and Asia on its back. To avoid injury, she took care to protect herself with two blue cushions: the Mediterranean and the Red Sea. Under her belly, she once held Latin America, which she let go of 120 million years ago. It very much resembles her, only smaller.

Africa is also a land without boundaries. The equator, which runs through its middle, is populated by dense forests that gradually give way, in the north and in the south,  to savannah, covered with trees, then shrubs, then grass.  This in turn imperceptibly transforms into deserts of stone or sand that meet up, once again in the north and the south, with a Mediterranean-like environment. It would take a very clever person to seriously map the precise boundaries between these expanses – to say here is where the savannah ends and the desert begins –  much less those of its inhabitants. This is something only geographers would dare to do and geographers are liars.

Colonial history has turned this vast land into an extraordinary mosaic of  54 countries and three territories (territories for which there is little or no recognition from the international community), of which 14 have no access to the sea and 22 have fewer than 10 million inhabitants. Asia, which is much larger and more populated than Africa, only has 47 countries.

This presents many obstacles for the continent to develop and fit harmoniously within the global economy. Borders hinder trade and limit the size of markets and they also have the annoying and irrational habit of being closed off.

Recognising these challenges, Africans gathered in 1963 and took two decisions that were equally as wise as they were important. First, they agreed that it was better to accept the balkanisation of the continent, rather than see a proliferation of territorial conflicts and wars. This is what is known as the principle of the inviolability of the borders inherited from colonisation. At the same time, they devised a dream of a unified continent where borders would allow people and goods to circulate freely. Thus the Organisation of African Unity was born.

This noble ambition has experienced many ups and downs. If only because until the mid-1990s, there were in Africa – as in the rest of the world – two kinds of countries: those with a market economy and in the American camp, and those with a centrally administered economy and in the Communist camp. In these conditions, it was impossible to form regional common markets. Then came the fall of the Berlin Wall and the end of the Soviet empire; followed soon after by the end of the Apartheid regime in South Africa. Africa reformulated its ambition in the light of this new context. It passed from the dream of unity to one of union. The African Union was born in 2000.

The vision of the African Union is based on the establishment of five major regions (easier to draw on a map than 54 countries) within which national borders would freely allow production, trade and friendship to flourish between peoples; the five groupings ultimately destined to merge into a vast continental whole.

The number of studies demonstrating the “failure of African regional integration” is distressing. Africa only recently began work on this new chapter in its history about ten years ago or so. And the progress made has been spectacular despite what is said by those who forget that the current context is much more difficult than that which prevailed in Europe in the 1950s.

And now, without warning, the international community is chopping Africa in two! It has created (no one knows exactly when) a region unknown to geographers made up of North Africa and the Middle East, known as MENA . In minds and in policies, Africa ceases to be a continent. It is demoted to the rank of “region” and its regions lowered to the status of “sub-regions” (a term unknown in the vocabulary of the African Union). In most international organisations and foreign ministries, “MENA” and “SSA” (sub-Saharan Africa) strategies are now conceived according to different visions by people who do not know each other.

The menacing disorder that has been spreading for several years in the Sahara-Sahel, a shared space common to North Africa and to sub-Saharan Africa, shows that chopping African in two was not a good idea. The many Sahel stabilisation strategies are now de facto limited to the countries on the southern shore of the desert, simply because those on the northern shore do not fall within the same strategies or the same budgets.

It is urgent that Africa becomes a continent once again in international organograms.

Pourquoi ont-ils coupé l’Afrique en deux ?

par Laurent Bossard, Directeur, Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE)

Le mot continent vient de la locution latine « continens terra » désignant une vaste étendue continue de terre. C’est sur la base de ce concept qu’ont été définis – non sans quelques difficultés – les cinq continents se partageant – avec l’Antarctique – les 150 millions de kilomètres carrés (de terres émergées (30 % de la surface de notre planète).

L’Afrique est l’un de ces continents. Le plus beau à mes yeux. Sa forme laisse imaginer un puissant animal cabré portant sur son dos l’Europe et l’Asie. Pour ne pas se blesser, il a pris soin de se protéger de deux coussins bleus : la Méditerranée et la mer Rouge. Il portait sous son ventre l’Amérique latine qu’il a laissé partir il y a 120 millions d’années. Elle lui ressemble beaucoup. En plus petit.

Terre continue, l’Afrique est aussi une terre sans limite. L’équateur qui la traverse en son milieu est le pays de la forêt dense qui laisse progressivement place, vers le nord comme vers le sud, à la savane, arborée, puis arbustive, puis herbeuse qui à son tour insensiblement se transforme en désert de pierres ou de sable rejoignant bientôt des milieux naturels de type méditerranéen, là encore au nord comme au sud. Bien malin celui qui tracerait sérieusement les limites précises entre ces milieux, comme entre les groupes humains qui les peuplent (ici finit la savane et commence le désert) ; il n’y a que les géographes pour oser faire cela. Les géographes sont des menteurs.

L’histoire coloniale a fait de cette terre continue une incroyable mosaïque constituée aujourd’hui de 54 pays et 3 territoires (ces trois derniers non ou peu reconnus par la communauté internationale), dont 14 n’ont aucun accès à la mer, 22 ont moins de 10 millions d’habitants ; autant de records mondiaux. L’Asie, beaucoup plus grande et peuplée que l’Afrique, ne compte que 47 pays.

Autant d’handicaps aussi pour se développer et s’insérer harmonieusement dans l’économie mondiale. Les frontières entravent le commerce et limitent la taille des marchés. Elles ont la fâcheuse habitude de se fermer de façon irrationnelle.

Conscients de ces difficultés, les africains se sont réunis en 1963 et ont pris deux décisions aussi sages qu’importantes. Ils se sont dit d’abord qu’il valait mieux accepter la balkanisation du continent, plutôt que de voir se multiplier les conflits territoriaux et les guerres. C’est ce que l’on appelle le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ils ont en même temps formulé un rêve d’unité du continent où les frontières laisseraient librement circuler les hommes et les marchandises. Ainsi est née l’Organisation de l’unité africaine.

Cette noble ambition a connu bien des vicissitudes. Ne serait-ce que parce que jusqu’au milieu des années 90, il y avait en Afrique – comme dans le reste du monde – deux sortes de pays : ceux de l’économie de marché et du camp américain, ceux de l’économie administrée et du camp communiste. Impossible dans ces conditions de constituer des marchés communs régionaux. Puis est venue la chute du mur de Berlin et la fin de l’empire soviétique ; bientôt suivis par la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud. L’Afrique a alors reformulé son ambition à la lumière du contexte nouveau. Elle est passée du rêve d’unité à celui d’union. L’Union africaine est ainsi née en 2000.

La vision de l’Union africaine repose sur la constitution de cinq grands ensembles régionaux (plus faciles à dessiner sur une carte que 54 pays) à l’intérieur desquels les frontières nationales laisseraient librement s’épanouir les productions, le commerce et l’amitié entre les peuples ; ces cinq ensembles étant à terme destinés à se fondre en un vaste ensemble continental.

Le nombre d’études démontrant « l’échec de l’intégration régionale africaine » est affligeant. L’Afrique n’a véritablement ouvert ce dossier qu’il y a une dizaine d’années. Et quoiqu’en disent ceux qui oublient que le contexte est beaucoup plus difficile que celui qui prévalait en Europe dans les années 1950, les progrès sont spectaculaires.

Et voilà que, sans prévenir, la communauté internationale coupe l’Afrique en deux ! Elle crée (personne ne sait exactement quand) une région inconnue des géographes constituée de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, connue sous le vocable anglais de MENA. Dans les esprits et dans les politiques, l’Afrique cesse d’être un continent. Elle est rétrogradée au rang de « région » et ses régions abaissées à celui de « sous-régions » (cette dernière notion est inconnue du vocabulaire de l’Union africaine).

Dans la plupart des organisations internationales et des ministères des affaires étrangères, les stratégies « MENA » et de l’Afrique subsaharienne « ASS » sont désormais conçues selon des visions différentes par des gens qui ne se connaissent pas.

Le désordre menaçant qui se propage depuis plusieurs années dans le Sahara-Sahel, espace partagé, commun à l’Afrique du Nord et à l’Afrique subsaharienne, montre que couper l’Afrique en deux n’était pas une bonne idée. Les nombreuses stratégies de stabilisation du Sahel sont aujourd’hui, de facto, limitées aux pays de la rive sud du désert ; simplement parce que ceux de la rive nord ne relèvent ni des mêmes stratégies, ni des mêmes budgets.

Il est urgent que l’Afrique redevienne un continent dans les organigrammes internationaux.

 

Together in Milan

By Laurent Bossard, Director, Sahel and West Africa Club Secretariat

Feeding the Planet, Energy for Life“:  from May to October 2015, the 49th World Expo will be held in Milan providing a great number of opportunities to share knowledge, ideas, techniques, experiences and innovation. New commitments will be made in Milan, including on food security and resilience issues.

The Sahel and West Africa will be in Milan.

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Benin, The Gambia and Guinea will showcase their foodstuffs in the fruit and vegetable cluster; Côte d’Ivoire and Ghana will be in the cocoa cluster; Mauritania and Senegal will be present in the area devoted to arid countries; Togo in the area related to cereals and tubers; and last but not least, Sierra Leone will participate in the rice cluster. Will the visitors who come to appreciate the colours and flavours of the Sahel and West Africa become aware that these countries are among the world’s best-performing agricultural producers?

SWAC Members and partners will also be in Milan.

All within a few steps of one another, the Expo walkways can take the same visitor to the pavilions of Austria, Belgium, the European Union, France, the Netherlands, Switzerland and the United States. These countries and institutions are – along with ECOWAS, UEMOA, CILSS and Luxembourg – among the pillars of the Sahel and West Africa Club (SWAC/OECD). The United Nations – some of whose agencies (e.g. FAO, UNICEF, WFP) are particularly active within SWAC and in the region – are at the heart of the Expo. The NEPAD Agency of the African Union and the OECD will be in Milan as official participants.

The SWAC will not miss this opportunity!

More than twenty million visitors are expected at this global event. This is a great means of reaffirming the universal character of food issues, and to remind everyone that hundreds of millions of people, particularly in the Sahel and West Africa, still suffer from chronic hunger, despite the aforementioned progress. Created nearly forty years ago through a joint commitment of solidarity between the international community and the countries affected by the 1973 drought and famine, SWAC must be present at Expo 2015. It will hold its annual meetings within the Sahel and West Africa Week, which will be hosted in the European pavilion from 26 to 30 October.  The SWAC will also be active throughout the Expo, and work to support Sahelian and West African countries, as well as its Members and partners. The SWAC seeks to promote ways of thinking and acting, based on dialogue, objectivity, trust and teamwork. These values are at the heart of the Expo 2015 and this website is designed as a platform for sharing ideas and promoting initiatives. It will evolve during the course of our “common journey to Milan”. All are invited to join in this journey.