Why have they chopped Africa in two?

Two-visions-Africa

By Laurent Bossard, Director, Sahel and West Africa Club Secretariat (SWAC/OECD)

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The word continent comes from the Latin phrase “continens terra” meaning a vast continuous stretch of land. It is based on this concept that the five continents were defined – not without some difficulty – and which make up, with Antarctica, 150 million square kilometres of land or 30% of the surface of our planet.

Africa is one of these continents – and the most beautiful in my eyes. Her shape brings to mind a powerful animal rearing up, carrying Europe and Asia on its back. To avoid injury, she took care to protect herself with two blue cushions: the Mediterranean and the Red Sea. Under her belly, she once held Latin America, which she let go of 120 million years ago. It very much resembles her, only smaller.

Africa is also a land without boundaries. The equator, which runs through its middle, is populated by dense forests that gradually give way, in the north and in the south,  to savannah, covered with trees, then shrubs, then grass.  This in turn imperceptibly transforms into deserts of stone or sand that meet up, once again in the north and the south, with a Mediterranean-like environment. It would take a very clever person to seriously map the precise boundaries between these expanses – to say here is where the savannah ends and the desert begins –  much less those of its inhabitants. This is something only geographers would dare to do and geographers are liars.

Colonial history has turned this vast land into an extraordinary mosaic of  54 countries and three territories (territories for which there is little or no recognition from the international community), of which 14 have no access to the sea and 22 have fewer than 10 million inhabitants. Asia, which is much larger and more populated than Africa, only has 47 countries.

This presents many obstacles for the continent to develop and fit harmoniously within the global economy. Borders hinder trade and limit the size of markets and they also have the annoying and irrational habit of being closed off.

Recognising these challenges, Africans gathered in 1963 and took two decisions that were equally as wise as they were important. First, they agreed that it was better to accept the balkanisation of the continent, rather than see a proliferation of territorial conflicts and wars. This is what is known as the principle of the inviolability of the borders inherited from colonisation. At the same time, they devised a dream of a unified continent where borders would allow people and goods to circulate freely. Thus the Organisation of African Unity was born.

This noble ambition has experienced many ups and downs. If only because until the mid-1990s, there were in Africa – as in the rest of the world – two kinds of countries: those with a market economy and in the American camp, and those with a centrally administered economy and in the Communist camp. In these conditions, it was impossible to form regional common markets. Then came the fall of the Berlin Wall and the end of the Soviet empire; followed soon after by the end of the Apartheid regime in South Africa. Africa reformulated its ambition in the light of this new context. It passed from the dream of unity to one of union. The African Union was born in 2000.

The vision of the African Union is based on the establishment of five major regions (easier to draw on a map than 54 countries) within which national borders would freely allow production, trade and friendship to flourish between peoples; the five groupings ultimately destined to merge into a vast continental whole.

The number of studies demonstrating the “failure of African regional integration” is distressing. Africa only recently began work on this new chapter in its history about ten years ago or so. And the progress made has been spectacular despite what is said by those who forget that the current context is much more difficult than that which prevailed in Europe in the 1950s.

And now, without warning, the international community is chopping Africa in two! It has created (no one knows exactly when) a region unknown to geographers made up of North Africa and the Middle East, known as MENA . In minds and in policies, Africa ceases to be a continent. It is demoted to the rank of “region” and its regions lowered to the status of “sub-regions” (a term unknown in the vocabulary of the African Union). In most international organisations and foreign ministries, “MENA” and “SSA” (sub-Saharan Africa) strategies are now conceived according to different visions by people who do not know each other.

The menacing disorder that has been spreading for several years in the Sahara-Sahel, a shared space common to North Africa and to sub-Saharan Africa, shows that chopping African in two was not a good idea. The many Sahel stabilisation strategies are now de facto limited to the countries on the southern shore of the desert, simply because those on the northern shore do not fall within the same strategies or the same budgets.

It is urgent that Africa becomes a continent once again in international organograms.

Pourquoi ont-ils coupé l’Afrique en deux ?

par Laurent Bossard, Directeur, Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE)

Le mot continent vient de la locution latine « continens terra » désignant une vaste étendue continue de terre. C’est sur la base de ce concept qu’ont été définis – non sans quelques difficultés – les cinq continents se partageant – avec l’Antarctique – les 150 millions de kilomètres carrés (de terres émergées (30 % de la surface de notre planète).

L’Afrique est l’un de ces continents. Le plus beau à mes yeux. Sa forme laisse imaginer un puissant animal cabré portant sur son dos l’Europe et l’Asie. Pour ne pas se blesser, il a pris soin de se protéger de deux coussins bleus : la Méditerranée et la mer Rouge. Il portait sous son ventre l’Amérique latine qu’il a laissé partir il y a 120 millions d’années. Elle lui ressemble beaucoup. En plus petit.

Terre continue, l’Afrique est aussi une terre sans limite. L’équateur qui la traverse en son milieu est le pays de la forêt dense qui laisse progressivement place, vers le nord comme vers le sud, à la savane, arborée, puis arbustive, puis herbeuse qui à son tour insensiblement se transforme en désert de pierres ou de sable rejoignant bientôt des milieux naturels de type méditerranéen, là encore au nord comme au sud. Bien malin celui qui tracerait sérieusement les limites précises entre ces milieux, comme entre les groupes humains qui les peuplent (ici finit la savane et commence le désert) ; il n’y a que les géographes pour oser faire cela. Les géographes sont des menteurs.

L’histoire coloniale a fait de cette terre continue une incroyable mosaïque constituée aujourd’hui de 54 pays et 3 territoires (ces trois derniers non ou peu reconnus par la communauté internationale), dont 14 n’ont aucun accès à la mer, 22 ont moins de 10 millions d’habitants ; autant de records mondiaux. L’Asie, beaucoup plus grande et peuplée que l’Afrique, ne compte que 47 pays.

Autant d’handicaps aussi pour se développer et s’insérer harmonieusement dans l’économie mondiale. Les frontières entravent le commerce et limitent la taille des marchés. Elles ont la fâcheuse habitude de se fermer de façon irrationnelle.

Conscients de ces difficultés, les africains se sont réunis en 1963 et ont pris deux décisions aussi sages qu’importantes. Ils se sont dit d’abord qu’il valait mieux accepter la balkanisation du continent, plutôt que de voir se multiplier les conflits territoriaux et les guerres. C’est ce que l’on appelle le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ils ont en même temps formulé un rêve d’unité du continent où les frontières laisseraient librement circuler les hommes et les marchandises. Ainsi est née l’Organisation de l’unité africaine.

Cette noble ambition a connu bien des vicissitudes. Ne serait-ce que parce que jusqu’au milieu des années 90, il y avait en Afrique – comme dans le reste du monde – deux sortes de pays : ceux de l’économie de marché et du camp américain, ceux de l’économie administrée et du camp communiste. Impossible dans ces conditions de constituer des marchés communs régionaux. Puis est venue la chute du mur de Berlin et la fin de l’empire soviétique ; bientôt suivis par la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud. L’Afrique a alors reformulé son ambition à la lumière du contexte nouveau. Elle est passée du rêve d’unité à celui d’union. L’Union africaine est ainsi née en 2000.

La vision de l’Union africaine repose sur la constitution de cinq grands ensembles régionaux (plus faciles à dessiner sur une carte que 54 pays) à l’intérieur desquels les frontières nationales laisseraient librement s’épanouir les productions, le commerce et l’amitié entre les peuples ; ces cinq ensembles étant à terme destinés à se fondre en un vaste ensemble continental.

Le nombre d’études démontrant « l’échec de l’intégration régionale africaine » est affligeant. L’Afrique n’a véritablement ouvert ce dossier qu’il y a une dizaine d’années. Et quoiqu’en disent ceux qui oublient que le contexte est beaucoup plus difficile que celui qui prévalait en Europe dans les années 1950, les progrès sont spectaculaires.

Et voilà que, sans prévenir, la communauté internationale coupe l’Afrique en deux ! Elle crée (personne ne sait exactement quand) une région inconnue des géographes constituée de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, connue sous le vocable anglais de MENA. Dans les esprits et dans les politiques, l’Afrique cesse d’être un continent. Elle est rétrogradée au rang de « région » et ses régions abaissées à celui de « sous-régions » (cette dernière notion est inconnue du vocabulaire de l’Union africaine).

Dans la plupart des organisations internationales et des ministères des affaires étrangères, les stratégies « MENA » et de l’Afrique subsaharienne « ASS » sont désormais conçues selon des visions différentes par des gens qui ne se connaissent pas.

Le désordre menaçant qui se propage depuis plusieurs années dans le Sahara-Sahel, espace partagé, commun à l’Afrique du Nord et à l’Afrique subsaharienne, montre que couper l’Afrique en deux n’était pas une bonne idée. Les nombreuses stratégies de stabilisation du Sahel sont aujourd’hui, de facto, limitées aux pays de la rive sud du désert ; simplement parce que ceux de la rive nord ne relèvent ni des mêmes stratégies, ni des mêmes budgets.

Il est urgent que l’Afrique redevienne un continent dans les organigrammes internationaux.

 

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